LES GRANDS TRAVAUX DE CAROLINE - Klaus Speidel


Jouissant des privilèges qu’on accorde parfois aux artistes, elle explore les endroits « fermés au public ». Pas des lieux privés, loin s’en faut, des lieux publics, où on fabrique le monde : usines, chantiers et endroits en mutation.

Mais elle n’y va pas pour exhiber de façon directe une réalité humaine et urbaine habituellement cachée et par ailleurs désolante. Elle montre les dessous de la ville parce qu’ils ouvrent sur l’Origine du Monde. Les constructions et transformations lui évoquent la Création et Les Métamorphoses. Les ouvriers lui rappellent les mythes et légendes dont surgissent les grands héros de la peinture depuis la nuit des temps.

Les moments où le monde baisse son froc ou se voile pour se faire peau neuve sont les bons pour croquer la part de mythe que nous cache habituellement une réalité trop bien léchée.

Que ce soit par la photographie ou en peinture, le style de Caroline n’est pas documentaire et son réalisme mythologique révèle sans dénoncer. Elle cherche l’humain sans chercher le trop humain ou la désolation réjouissante. C’est le surhomme en l’homme qui apparaît dans ses portraits d’ouvriers. Et si telle toile de New York s’appelle Subway / L’aurore nietzschéenne, c’est que la voix de Nietzsche pourrait être bien placée ici. Comme la vidéo de l’usine d’Outreau, où apparaît Héphaïstos, le forgeron des dieux, le double titre de la toile new yorkaise est comme une mise en abyme de la quête de Caroline Challan Belval, quête qui la mène de la personne au personnage et du lieu à la scène. Tel Faust qui voyait Hélène dans chaque femme, Caroline cherche Hercule en chaque homme.

Texte écrit pour le catalogue de l’exposition Caroline Challan Belval, On n'aura jamais fini d'épuiser les apparences, CIAC, Carros, 2011-2012.

© Klaus Speidel


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